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A découvrir en ce moment à la galerie, une exceptionnelle armoire du Bas-Languedoc...

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GRANDE ARMOIRE
France, Bas-Languedoc, XVIIe siècle
Hauteur hors tout : 300 cm
Largeur : 265 cm
Profondeur : 72 cm
L’armoire possède ses clés d’origine.
Restaurations et manques dans le fond du meuble.
Grande et rare armoire du Bas-Languedoc, en noyer richement sculpté ouvrant à deux grandes portes centrales où figurent les quatre Evangélistes de part et d’autre d’une grande sirène, ainsi que deux mains tenant des rameaux d’olivier.
Les six petites portes latérales sont ornées des 4 Saisons et de deux mufles de lion.
Elle est surmontée d’un fronton à personnages, sommé d’un aigle.
Les grandes portes :
Les quatre Evangélistes sont accompagnés de leurs attributs :
Saint Marc et le lion, Saint Luc et le bœuf, Saint Jean et l’aigle, Saint Matthieu et un ange.
Les panneaux médians sont sculptés d’une main tenant un rameau d’olivier. Symbole de la Paix conclue entre Dieu et les hommes, c’est aussi un attribut de l’Age d’Or, l’un des Ages du Monde que l’on peut mettre en relation avec les Quatre Saisons figurant sur quatre des petites portes latérales, montrant des scènes du monde paysan.
Ce symbole de la main tenant l’olivier fait référence aux versets 11-24 de l’Epitre Romain de Paul qui symbolise l’universalité du Christianisme. Paul était particulièrement lu par les Protestants qui y ont vu la naissance de l’Eglise terrestre.
Les petites portes :
Des lions ornent de petites portes carrées Ils peuvent être en relation avec Saint Marc, dont ils sont l’attribut, ou être un rappel de la thématique médiévale de la Résurrection.
Le fronton :
Il est surmonté d’un aigle, rappel de Saint Jean Evangéliste mais aussi symbole de l’Ascension du Christ dès le Moyen Age.
Les montants et entablement :
L’ensemble de l’armoire est sculpté d’éléments décoratifs liés au répertoire iconographique issu de la tradition de la Renaissance : termes, guirlandes de fruits en chutes reliées par des cordelettes, mascarons.
Un Indien et une Indienne canéphores habitent les montants latéraux, thématique mise à la mode à Fontainebleau.
Encore plus remarquable, on trouve une sirène occupant le montant central, ainsi que d’autres personnages à corps de poisson dans l’entablement et le fronton.
La sirène fait partie des thèmes de prédilection des ornemanistes dès le XVIe siècle, et diffusé par l’art bellifontain.
Il est également intéressant de noter, au sujet des ces armoires du Bas Languedoc, qu’elle était souvent réalisées pas des sculpteurs venant des arsenaux de Toulon. Ceci pourrait peut-être être une des significations de la présence de tant de personnages à queue de poisson.
D’un point de vue chrétien, la sirène représente aussi la lubricité, la folie et le chaos, en opposition à l’ordre cosmique établi par Dieu. Ceci expliquerait que sa queue d’écailles soit entravée par une branche d’olivier qui, en lisant de bas en haut, selon l’ordre usuel de lecture des vitraux des églises, conduit à l’aigle de l’Ascension triomphant, en passant par un visage d’ange qui pourrait être le Paraclet, ou Esprit Saint.
On retrouve d’ailleurs dans le fronton deux sirènes emprisonnées dans les écoinçons, écrasées par deux Justes dont les palmes sont tournées vers l’aigle.
On y voit une référence à Paul (2 Thimothée 4,7-8) : le Juste reçoit du Seigneur une palme de laurier pour avoir gagné le combat contre le mal.
Il est difficile de déterminer l’origine exacte du meuble et son usage, civil ou religieux. En effet, les huchiers mêlaient souvent les thèmes sacrés ou profanes, s’inspirant de gravures dont ils devaient nécessairement simplifier le sujet et l’adapter au support.
Les armoires languedociennes de la fin du XVIe et du XVIIe siècles étaient exécutées sous l’influence des Réformés, nous dit Jacques Thirion, « dans un milieu où la lecture de la Bible occupait une place considérable ».
Il ne faut donc pas s’étonner de la présence de thématiques sacrées sur des meubles à usage civil.
Bibliographie :
- THIRION (Jacques), Le mobilier du Moyen-Age et de la Renaissance en France, Editions Faton, Dijon, 1998
- MUSEE DU VIEUX NIMES, Les armoires figurées du Bas Languedoc, Barbentane, 2000
- HALL (James), Dictionnaire des Mythes et des Symboles, Gérard Monfort Editeur, Paris, 1974
- BAUQUIER (Henri), Le meuble à figuration biblique du Languedoc cévenol, Le Vieux Nîmes, mai 1938 (N°12). P. 185-90
- BAUQUIER (Henri), Les armoires sculptées du Languedoc cévenol au XVIIe siècle, 1945, P. 398-408
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